« Voilà la place que nous laisse le monde dans l’espace public ! Celle d’un être humain qui se retient de pisser, de crier, de marcher seul, de flâner sans flipper. Se retenir, se contenir, ne jamais déborder, telle est la convenance au féminin. Ça me fout la rage »

Encore un roman coup de cœur et coup de poing dans la très percutante collection « Court toujours » chez Nathan. Après une soirée, Dina, la narratrice, rentre seule chez elle, à pied et sous la pluie, des escarpins qui lui font mal aux pieds et l’empêchent de courir, un sentiment de dépit tenace face à sa copine qui l'a lâchée alors qu'elles devaient faire le trajet ensemble. Alors c’est pas forcément loin mais suffisamment pour être bien flippée chaque fois qu’une voiture ralentit, où qu’un homme marche derrière elle : l’imagination va bon train.

On marche dans les pas de Dina, à l’affût de tous les signes inquiétants qui menacent injustement les filles seules dans la nuit. Jo Witek écrit un texte haletant, on vit de l’intérieur ce retour au logis, loin d’être des spectateurs, les lecteurs sont entraînés dans cette course nocturne un peu folle avec la paranoïa comme compagne, parce que forcément, des raisons d’avoir peur, il y en a, elle le sait ! Un très court roman qui se lit d’une traite, des phrases courtes qui claquent et rythment le malaise, Dina se parle à elle-même, à la 2eme personne, comme une tentative (vaine) pour faire refluer l’angoisse, un monologue intérieur incisif ou peur, colère et instinct de défense sont intimement liés.

Fabienne

 

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“C'est ça, voilà, je ne sais pas quand on a passé cette frontière-là. Quand c'est devenu normal de lui faire vraiment mal, de lui faire vraiment peur, ou plutôt d'essayer, puisqu'elle ne réagit pas. De pousser, encore et encore, pour obtenir quelque chose d'elle, je ne sais pas quoi. Des larmes, des supplices, un clignement d'yeux. J'ignore quand c'est devenu normal de faire ça, ou de regarder faire ça.”

doretdoreillers"Est-ce qu'une vie de luxe, sans plus jamais devoir se lever tôt ou se casser le dos, valait la peine d'écarter les cuisses chaque soir pour un mari ?"

little charlie"On m'a toujours dit qu'les gens d'couleur sont pas comme nous, qu'ils ressentent pas les choses comme les blancs, qu'ils aiment pas leurs enfants pareils, qu'ils aiment rien que travailler comme des brutes et dormir. On m'a toujours dit qu'ils avaient même pas d'âme"

age tendre"Tu as besoin de quelque chose ? Un café ? Un jus d'orange ? Du LSD ?"