"Je sais comment conspirent les murmures - un grésillement de cigales, le grattement de la taupe, le crissement des chardons coiffés par le vent - afin d'épaissir encore davantage le silence. Le temps est enseveli depuis des siècles dans un présent éternel où chaque instant est identique au suivant."

Angela est revenue dans son village natal plus de 40 ans après l’avoir quitté, encore petite fille… Ses parents étaient partis à la ville, leurs terres avaient été bradées au riche propriétaire voisin du domaine de Las Brenas  mais ils n’ont jamais cédé leur maison, et si, après toutes ses années elle fait pâle figure, c’est là qu’Angela vient se retirer, avec ses morts. Les villageois ne l’acceptent pas, elle reste l’étrangère, elle est « une autre » pour ceux « d’ici » qui médisent et jasent à son sujet. C’est un autre paria et ami, qui, fortement ébranlé, lui rapporte une macabre découverte : Don Julian, le fermier, s’est pendu dans les collines… Après moult hésitations, (Ibrahima n’a pas de papiers), ils se rendent à la Guardia Civil pour prévenir les autorités. « On est ici en terre de suicidés » prévient Angela mais contrairement aux petits gens du peuple qui doivent se contenter du carré des suicidés au cimetière, le maître aura droit une sépulture. Après lui, ce sont ses sœurs qui dirigent le domaine, elles n’ont aucune complaisance et entendent bien récupérer la maison d’Angela : elles ambitionnent la construction d’un hôtel de luxe et sa chaumière ne cadre pas dans le projet… Après la mort de Don Julian, les langues se délient, un vieil homme, laissé pour compte, laisse entendre à Angela qu’elle ignore une part de sa propre histoire et que les suicides depuis des décennies sont liés. Angie va essayer de reconstituer le puzzle…

On est dans une Espagne aride, désœuvrée, les légendes ont encore du poids. Les villageois forment ici un chœur médisant, superstitieux, adeptes de la rumeur mais champions du non-dit, ils rejettent tout ceux qui ne sont pas comme eux ; ce climat réactionnaire et conservateur est très bien rendu. En Espagne comme ailleurs, la malveillance envers les femmes atteint des sommets et sans surprise elles sont taxées de folie dès qu’elles prennent des chemins de traverse. L’étrangère dépeint une société archaïque, très hiérarchisée en fonction de la classe sociale, (alors forcément, quand on est une femme pauvre comme Angela, on cumule et on se retrouve en bas de l’échelle !) et le non respect des codes sociaux peut entraîner le malheur sur plusieurs générations… Un roman singulier, parfois âpre, le destin d'une femme qui défend sa liberté avec une volonté farouche !

(Fabienne)

 

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