argent brule« T'apprends surtout à gamberger quand t'es en cabane, un prisonnier, c'est par définition un type qui passe ses journées à penser »

Septembre 1965, un gang de malfrats argentins commet l'un des braquages les plus éclatants du 20è siècle, à San Fernando. Le commanditaire est un chanteur de tango en disgrâce, avec la complicité de politiques et policiers véreux ; quant aux exécutants, ils n'en sont pas à leur coup d'essai ; parmi eux, le Gaucho Dorda, un type complètement barré ; son inséparable complice, Bébé Brignonne, un fils de bonne famille en rupture avec son milieu ; Méréles le Corbeau et Bazàn le Bancal : des voyous jeunes et élégants, recrutés par Malito, le cerveau de l'opération. En quelques minutes, ils neutralisent la camionnette qui  transporte les fonds de la succursale de la Banque de la Province de Buenos Aires, tuent policiers et trésorier et s'enfuient avec plus de 7 millions de pesos. Ils parviennent à quitter le pays jusqu'à Montevideo où un contact doit les conduire au Brésil. Mais (j'ai presqu'envie de dire Hélas !!) le commissaire Silva (sadique et crapuleux), aidé de ses collègues uruguayens, retrouve leur trace. Alors, acculés dans un petit appartement, encerclés par plus de 300 policiers, une lutte à mort s'engage. Les gangsters ont connu la torture et la prison et préfèrent mourir que de se rendre mais ils ont sous la main un arsenal de guerre, de quoi se battre et tenir la police en respect quelques temps, les amphétamines et la cocaïne les aident à tenir le coup, à refouler la peur, ils résisteront pendant 15 heures...

Le début du roman prend des airs de film noir américain, notamment durant l'attente qui précède le braquage, l'ensemble d'ailleurs, est très cinématographique. C'est curieux comme ces gangsters, ces criminels sanguinaires, fascinent le lecteur. Est-ce dû au talent de romancier de Ricardo Piglia ou est-ce leur soif absolue de liberté qui résonne en nous ? Ils défient la loi et la morale, brûlent leur vie sciemment et avec dérision ; ils portent en eux une détermination désespérée qui nous fait vibrer, et c'est là l'un des pouvoirs fabuleux de la littérature car tout au long de ces 250 pages, nous sommes eux ! En 1965, l'Argentine vit une période trouble : depuis le chute de Péron en 55, les coups d'états se succèdent et les partisans de l'ancien président restent actifs (la répression aussi) ; bien que Malito et sa bande ne semblent pas liés aux péronistes, la « note historique du traducteur » à la fin du roman est tout à fait bienvenue pour éclairer le contexte de cet incroyable fait divers.

(Fabienne)

 « Seuls des assassins fous et des brutes sans morale peuvent être assez cyniques et assez criminels pour brûler cinq cent mille dollars. Cet acte (d’après les journaux) était pire que les crimes qu’ils avaient commis, parce que c’était un acte nihiliste et un exemple de terrorisme pur »

 

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